Au Paradis des Muses

 

« Les hommes, on ne devrait les rencontrer qu’à certaines heures pâles de la nuit.

Avec des problèmes d’hommes, des problèmes de mélancolie. » (Léo Ferré)

       

C’est ce soir là, peut-être, que ça m’est apparu plus clair que jamais. Il semblait pourtant que nous étions en parfaite harmonie. Et puis c’est arrivé. Une évidence aveuglante.

 

J’ai écrit il y a longtemps que nous étions seuls, définitivement seuls et que l’instant de la rencontre, de l’amitié véritable était une sorte de miracle entre deux êtres. Ce soir là, notre discussion portait justement un peu là-dessus. Mon absence, nos solitudes, et puis nos retrouvailles. Quand elle pensait à moi, à ce que je faisais dans mon travail, à mes voyages, à nos coups de téléphone, à tous ces gens que je rencontrais.

 

« Rien de passionnant, lui disais-je, ce que l’on fait est sans grande importance. »

Parce qu’on fait le job, on tient le rôle, on donne le change. Oui, on aime bien voir certaines personnes quand on les apprécie, c’est vrai. Alors on échange un peu, on entretient quelques relations. Mais tout ça n’est rien.

 

« Je peux bien te raconter tout ce que je fais, tous ceux que je vois dans mon travail, les endroits où je vais, ce n’est ni ce que je ressens, ni ce que je vis, ni ce que je suis. C’est juste la surface, l’apparence, l’écume de ma vie. Je pourrais te dire que parfois je m’ennuie, que certaines choses me révoltent et que je retiens souvent ma colère, ou qu’il m’arrive d’être enthousiaste, ou bien que j’éprouve de la gratitude envers ceux qui m’apprécient. »

 

S’entrouvrir

 

Quelquefois il nous arrive de partager comme par miracle un peu de ce que nous sommes. La carapace alors s’entrouvre. C’est ce moment très rare que j’appelle Rencontre, quand deux êtres entrent vraiment en contact, en échange.

 

« Nous, par exemple, nous nous connaissons, nous croyons nous connaitre. Tu me dis que tu connais mon caractère, mes goûts et tout ça. On vit ensemble depuis vingt ans. Et tu penses me connaitre, tout comme tu crois que tu m’as permis de te connaitre. »

 

A mon avis il n’en est rien. Nous nous sommes rencontrés il y a longtemps, et jadis nous nous connaissions. Puis nous avons évolué, grandi, changé. Nous ne sommes plus les mêmes qu’au début. Nous nous sommes perdus de vue. Maintenant, on garde l’essentiel pour soi. C’est très rare qu’on se dévoile l’un à l’autre. De proche en proche, au début un peu par omission, ou par paresse. Puis par habitude ou par peur de déranger. Enfin par crainte de blesser, et finalement par choix.

 

Pourquoi ? Parce qu’un jour tu m’as jugé. Un jour j’ai voulu me dévoiler à toi à nouveau. Ce jour où j’ai voulu te montrer qui j’étais devenu. Je t’ai proposé de lire ces lignes où j’exprimais, sans faux semblants certains aspects de ma personne, de ma sensualité. Tu as jugé et tu as rejeté. Aujourd’hui je ne peux plus rien te montrer.

Pourtant je sais, depuis longtemps déjà, qu’ici bas il n’y a pas grand-chose d’autre qui valle. Nous sommes là pour aimer, pour nous exprimer, pour exprimer ce que nous aimons. Le plus justement possible, et chacun avec sa manière.

Parce que ce n’est pas ce qu’on possède ou ce que l’on fait qui dit notre vérité, notre valeur et notre unicité. C’est ce que nous exprimons de notre être. Et c’est le seul moyen que je connaisse pour essayer de nous réconcilier avec cette existence.

Je suis de ceux qui croient à cela.

 

D’autres inventent leur danse

 

L’être humain a cette capacité vertigineuse et sublime d’exprimer ce qu’il est à travers ses œuvres, ses créations, ses travaux. J’aime passionnément jouer avec ce feu. Je m’y essaie en écrivant, en cherchant l’émotion juste, l’instant parfait, le geste équilibré, l’harmonie… comme d’autres peignent, jouent du violon, ou inventent leur danse.

Voilà ce qui peut rester de nous, voilà ce qui nous définit, voilà ce qui me semble intéressant de partager et d’échanger.

 

Alors je t’ai refermé ma porte, mon amour. J’ai eu l’imprudence, l’audace, l’insolence, l’inconscience de croire que tu comprendrais cela. Ce jour où j’ai cru que tu pourrais m’accepter comme j’étais, sans conditions, sans limites, sans questions. Sans réponses.

 

Ce soir là en apparence, nous étions en parfaite harmonie. Ce jour là, j’ai compris que nous étions devenus deux étrangers.

        © DGC 11 2007
Photo DGC : L'éternel Printemps par Rodin
 
Mar 6 nov 2007 16 commentaires

le temps... le couple... les idéaux... le Temps encore... le couple ? les Idéaux ?


 


Le Temps, généralement, fait bien les choses, il suffit d'ouvrir ses yeux et son coeur pour s'apercevoir de ce qui est passé, de ce qui a unit... Et ce qui se passerait si...


Autant on peut être uni, autant nous pouvons lacher la main de l'Unique.


Et tout est en perpétuel mouvement, changement, évolution, seuls les instants de partage restent inscrits dans le Temps, et d'autres viendront, peut-être.


 

A-C - le 10/11/2007 à 17h50

Idéalement unis à l'unique ?
Bel idéal pour qui croit à l'exclusivité...

Je constate chère Anne-Caroline, que même lorsqu'on a trouvé l'idéal(e) unique, une part importante des individus n'est pas encore comblée et ne pourra jamais l'être.
Une autre si. Mais si par (mal?)chance dans un même couple on trouve les deux espèces d'oiseaux, il faut faire preuve de deux fois plus d'ingéniosité.
Anonyme
Quelle vie idéale, douce, simple ce serait! Pouvoir et savoir déchirer cette armure lisse et impénétrable, se défaire de ce bouclier aux pointes acérées, tomber ce masque au sourire indélébile sans le moindre remord ni les plus petits regrets! Déposer les armes et mettre son âme à nue aux pieds de son amour! Puis prétendre à sa bénédiction malgré sa douleur, sa tupeur ou sa déception! Une telle attente envers l'autre n'est-elle pas tant une demande d'amour absolu que le besoin narcissique d'approbation que chacun d'entre nous cache au plus profond de son être? Est-il possible de vivre en parfaite harmonie? Je ne crois pas. Si la sincérité est assurément l'une des qualités les plus importantes d'une vie de couple, elle a ses limites là où commencent les risques de blesser l'autre sans raison. L'art réside alors dans l'habile jonglage entre deux vies, fantasme et réalité, autant que dans leur mélange astucieux... Mais ce n'est que l'avis très personnel d'une passante qui s'y est déjà brûlé les doigts et un peu plus encore...
Une Passante - le 10/11/2007 à 17h52
Oui c'est une demande d'amour absolu, exactement.
Parce que je le vaux bien. ( merde quoi ! )
Et parce que c'est la mesure de l'amour que d'être démesuré, disait un grand penseur dont j'ai oublié le nom.
Pour le reste, chère Passante, la question de l'harmonie est très difficile.
Je crois pour ma part qu'elle existe au sein de certains couples, j'en suis le témoin, mais elle peut un jour s'étioler.
Le temps est un ennemi redoutable.
Anonyme

oui...non..peut etre..


mais..n\\\'est ce pas justement ce qu\\\'elle fait : t\\\'accepter comme tu es, chaque jour, sans conditions, sans limites..sans questions ..sans reponses..


n\\\'est elle pas, elle, dans l\\\'acceptation (l\\\'amour?)  de toi ...inconditionnel.. ?


ce que tu crees ne fais pas necessairement ce que tu es, je crois que notre puissance créatrice, que tu decris,  nous fait certes exister,mais ne fait pas ce que nous sommes.


je..je crois que ce que nous faisons est comme le carburant de ce que nous sommes..


ecrire, te nourrit, et fait de toi en partie l\\\'homme que tu es...mais si tu le devenais en dansant ou chantant peu importe..non?


à mon sens, tu souhaiterais qu\\\'elle reconnaisses ce que tu fais..pas ce que tu es, tu veux de l\\\'amour conditionnel , là ou elle t\\\'en offre de l\\\'inconditionnel


etrangers vraiment?


(heu....ce n\\\'est que mon avis, des idées , des reflexions...à partager ..ou pas d\\\'ailleurs ;-)..)

alexa - le 07/11/2007 à 15h48
Alexa, comme j'aime tes oscillations, tes arabesques incertaines, tes flottements constructifs et tes tâtonnements curieux.
Tu as sans doute raison : elle m'aime sans questions, mais elle semble préférer ne pas à savoir qui je suis vraiment. C'est plutôt paradoxal... et j'ai tendance à préférer les paradoxes aux incertitudes.
(mais peut-on aimer sans connaitre ?)

Notre créativité est l'expression de ce que nous sommes à condition  faire preuve de vérité, d'honnêteté envers nous même. Il est facile de tricher mais ça ne m'a jamais permis pas d'avancer.
Connais-toi toi-même, disait le vieux philosophe...
Merci pour ton partage et ta vérité.
Anonyme

Très touchant... C'est bien vrai que de s'ouvrir à l'autre nous expose à une certaine vulérabilité.. Être jugé par quelqu'un que l'on aime, c'est très dur..


Douces bises,
Caélia.

Caélia - le 08/11/2007 à 04h13
Vulnérable, ce mot me semble très juste, Caélia.
Nous sommes vulnérables dès que nous nous ouvrons,
mais n'est-ce pas précisément dans ces moments-là
que notre force est la plus grande ?
Ne te sens tu pas invincible quand tu parviens à dire toute ta vérité ?
Anonyme

"Mes oscillations, mes arabesques incertaines, mes flottements constructifs et mes tâtonnements curieux..."


et encore ce ne sont que ceux de mon esprit...

alexa..joueuse - le 08/11/2007 à 12h49

Très joueuse, en effet...

Oscillations d'une hanche sous l'hypnose d'un rythme régulier.
Arabesques d'une langue pointue sur une peau frémissante.
Flottements de quelques boucles dans une chevelure défaite.
Tâtonnements d'une main égarée sous une jupe fendue dans l'obscurité d'un cinéma...

J'imagine tout ça parfaitement et bien d'autres choses encore.
Mais là tu joues avec mes nerfs Alexa !
Anonyme

Je crois que le paradoxe est bien là. Ceux qui sont nos proches ne nous connaissent pas.


J'avais essayer avant l'écriture d'exprimer mon fort, intérieur.


La peinture restait encore opaque aux yeux de mes proches.


L'écriture est plus franche, plus rude, plus réelle. Alors je la tais, aux coeurs amis... Ils ne comprendraient pas.


 

Fée d'Hiver - le 08/11/2007 à 18h50
Il y a mille façons d'écrire, chère Fée.
Tu pourrais imaginer une écriture plus abstraite, par ex,
si tu voulais exprimer les mouvements de ton âme et la montrer à tes proches.
Mais je devine que tu éprouves comme moi ce plaisir inavouable et enfantin
d'avoir une cachette, un lieu secret bien à toi où tu ne reçois que tes complices choisis,
un petit coin de paradis en somme.

Nous sommes devenus adultes, et nous avons fait l'expérience de cette intimité avec nos conjoints.
Mais rien n'est meilleur que de retrouver la saveur de l'enfance.

Alors nous continuerons à écrire nos secrets, ou à les peindre...
Anonyme
Il est vrai que je ne l'avais pas vu de cet angle là.. Tu as bien raison, quand enfin, on se sent le courage d'avouer.. On se sent.. infaillible. Tellement confiant, qu'on ne s'attend pas à ce que l'autre ne comprenne pas. Du moins.. je crois (j'suis une grande romantique-idéaliste-sensible-et-naïve.. ça m'arrive donc souvent :S ) 
Caelia - le 09/11/2007 à 03h07

Les seuls moments de la vie qui vaille ne sont ils pas ces instants la de fragilités. Je les appel les instants purs.


Je crois que ce soit en amour ou tendresse avec son amante , sa famille ou ses amis, c est la sincérité qui predomine.


joli texte.

X-Addict - le 09/11/2007 à 07h08
Instants purs.
J'aime.
Je dis souvent instant volés, moment de grâce, ou bonne sorcellerie...
Même Sartre parlait d'instant parfait (La Nausée).
Je te rejoins sur la notion de sincérité. Ce qui nous élève est cette vérité livrée, formulée, partagée. Voilà pourquoi elle nous parait si précieuse.
Anonyme
Je lis, je ne sais quoi dire
je reviens, toujours rien
et pourtant j'aimerais tant éponger
tes larmes, tes désirs écorchés

Alors je ne peux que souhaiter et prier
qu'un jour l'autre puisse trouver et apprécier
cette partie de toi que j'appelle sensibilité
tendrement à toi et baisers mouillés
Multi-sourires - le 09/11/2007 à 22h29
Si un jour elle peut m'accepter
le plus heureux des hommes je serais

En rêvant de ce jour béni
c'est à mes muses que je me livre

Faites que jamais ne m'abandonne
le souffle de vie qu'elles me donnent
Anonyme

J'ai lu (tu sais que j'ai lu)


Je muris.


Je te donnerai mon commentaire apres.


Baisers

Flore - le 12/11/2007 à 01h32

J'ai attendu toute une nuit...
Merci de penser à ce que tu dis,
de dire ce que tu penses,
de tourner ta plume dans ton encrier,
ton doigt sur ton clavier,

ta langue sept fois dans ma bouche.
Anonyme